En placage d'ébène et marqueterie d'écaille et de laiton, ornementation de bronze ciselé et doré, la gaine surmontée d'une draperie et flanquée d'un enroulement de feuillage, la plinthe ajourée d'une arche sur les trois côtés, chacune signée "GROS" sur l'un des bronzes latéraux
after the model by André-Charles Boulle (1642-1732)
Cette forme de gaine à tablier, dit scabellon, fut créée par André Charles Boulle (1642-1732) au début du XVIIIe siècle pour servir de piétement à des vases ou des bronzes. Elle apparaît sur la planche I du recueil gravé que Boulle publia chez Mariette après 1707. Le Louvre
en possède trois paires (D. Alcouffe et al, "Le Mobilier du Musée du Louvre", Tome 1, p.88, fig. 22). Elle fut reprise par Delorme, Levasseur ou Montigny à la fin du siècle. De nouveau à la mode à la fin du XIXe siècle on connaît des modèles par plusieurs artisans dont le fabricant et marchand anglais Edward Holmes Baldock. Une paire de gaines très semblable à la présente paire est illustrée dans C. Payne, Paris, "la quintessence du meuble au XIXe siècle", Monelle Hayot 2018, p.128.
Jean-Louis-Benjamin Gros, actif dans les années 1850 et 1860, est répertorié dans l'Almanach comme ébéniste spécialisé dans la marqueterie et la mosaïque et fabricant de bronzes d'ornement pour le mobilier. Il collabora avec Charles Guillaume Winckelsen (actif de 1854 à 1871) en tant qu'ébéniste principal. Ce dernier réalisa notamment des copies de mobilier Boulle d'une extrême précision pour une clientèle illustre parmi laquelle figurent les Radziwill, les Behague, le marquis de Lillers ou la famille Laffite. Jean Gros participa à l'Exposition des produits de l'Industrie en 1849 et à l'Exposition Universelle à Paris en 1855. Réputé pour les meubles en marqueterie Boulle et de style Louis XVI, les meubles comportant des incrustations de pierres dures sont aussi caractéristiques de sa production. Il fut l'un des fournisseurs
du duc d'Aumale à Chantilly. Son fils Aristide-Henri (1843-18**) prit la relève à sa retraite.